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mardi 15 mai 2012

Sarkozy : Bilan d'un quinquennat de crise


En passant le relais à François Hollande, Nicolas Sarkozy tire donc aujourd'hui sa révérence, avec une discrétion qu'on ne lui connaissait pas. Si les projecteurs sont désormais braqués sur les premiers pas de son successeur à l'Elysée, chacun conviendra que le président sortant quitte sa fonction avec dignité. Nicolas Sarkozy avait raté son entrée en fonction. Il ne rate pas sa sortie. Et pour la postérité, ça comptera. Cette passation de pouvoir à la présidence de la république est aussi l'occasion de revenir sur le bilan de Nicolas Sarkozy pendant ces 5 ans à la tête de l'Etat.

Si l'on devait qualifier d'un mot le quinquennat du président sortant, c'est certainement le mot "crise" qui remporterait la majorité des suffrages. En effet, Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon auront fait face, pendant plus de 4 ans, à de multiples crises. Crise financière, crise économique, crise de la dette. Et nous n'en sommes pas encore sortis, loin de là. Il est évident que ceci a structuré le quinquennat d'une façon très différente des ambitions réformatrices de 2007. Néanmoins, malgré le contexte économique troublé, le président Sarkozy fut un réformateur actif. Certaines réformes sont plutôt réussies. D'autres moins. Petit tour d'horizon.

Il y a d'abord les réformes plutôt réussies, et qui devraient rester, malgré l'alternance du pouvoir. Parmi les lois les plus emblématiques du quinquennat, nous pouvons citer la Loi Relative aux libertés et responsabilités des Universités (LRU). Autrement dit, la loi sur l'autonomie des universités. Votée en août 2007, et relativement bien accueillie, elle est un enjeu majeur pour développer l'excellence de l'université française à l'échelle internationale. Une autre loi, méconnue, marquera aussi le mandat de Sarkozy : la Loi de Modernisation de l'Economie (LME) d'août 2008, qui a notamment créé le très plébiscité statut d'auto-entrepreneur, ou encore permis de raccourcir des délais de paiements, mesure cruciale pour beaucoup de PME à l'activité précaire. Toujours en faveur des entreprises, la réforme du crédit impôt recherche de 2008 qui, bien que niche fiscale coûteuse, fait plutôt l'unanimité comme exemple de déduction fiscale intelligente. Et pour compléter cette batterie de mesures à destination des entreprises, le gouvernement a supprimé en 2010 la taxe professionnelle, bouleversant la fiscalité locale, mais donnant un peu d'oxygène aux entrepreneurs. Impôt idiot selon François Mitterrand, qui l'avait pourtant conservé, elle ne devrait pas être rétablie par le nouveau pouvoir socialiste.

Le quinquennat de Sarkozy, ce sont aussi des reformes sociales. Ayant suscité l'opposition des syndicats au moment de leurs adoptions, elles ne devraient cependant pas être supprimées par le nouveau président socialiste. A ce chapitre,  il y a tout d'abord la loi sur le service minimum dans les transports et les écoles, votée en août 2007, puis étendu au secteur aérien en mars 2012. Plus sensible, la réforme des retraites pour les régimes spéciaux, votée en novembre 2007, est néanmoins passée. Ainsi que celle de novembre 2010 pour le régime général. Insuffisantes pour assurer l'équilibre à long terme, ces réformes permettent néanmoins d'équilibrer les caisses de retraites à court terme. Plus consensuelle, la réforme du RMI, remplacée par le RSA, et qui offre un complément de revenu (RSA "Activité") aux travailleurs en dessous du seuil de pauvreté. Malgré des imperfections, le RSA tend à supprimer les trappes à pauvreté.

Nicolas Sarkozy s'est révélé beaucoup plus timoré pour engager des réformes structurelles, pourtant si cruciales pour rééquilibrer les comptes publics. Cependant, il a eu le mérite d'en avoir initié quelques unes. La fusion de l'ANPE avec l'Unédic depuis janvier 2009 ne se fait sans heurt. Néanmoins, la constitution d'un guichet unique, Pôle Emploi, va dans le bon sens. Il était incompréhensible que l’indemnisation (Unédic) et la recherche d'emploi (ANPE) fonctionne de façon aussi parfaitement cloisonnées. Autre réforme structurelle importante, la refonte de la carte judiciaire, avec le regroupement des tribunaux, pour une rationalisation de fonctionnement. Compliquée à mettre en oeuvre et impopulaire, elle va néanmoins dans le sens d'une meilleure gestion. Le gouvernement a aussi mis en oeuvre la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur 2 à la retraite. Si les gains sont moins importants que prévus, cette orientation suit les recommandations de la cour des comptes, et va dans le sens de réformes engagées récemment dans d'autres pays européens (Espagne, Royaume-Uni...). Enfin, on assiste à un début de simplification du millefeuille administratif, avec la création du conseiller territorial pour les élections de 2014, et la fusion déjà programmée des deux départements alsaciens, qui pourrait servir à terme de modèle.

Sur le plan extérieur maintenant, quelques succès. La présidence européenne de Nicolas Sarkozy, au deuxième semestre 2008, a été unanimement saluée dans une période critique (Crise en Géorgie, Faillite de la banque Lehmans Brothers). Le président français a aussi été moteur dans la signature du traité de Lisbonne de 2007. Si ce traité bafoue un peu le "Non" au référendum 2005, il aura eu le mérité de débloquer une situation de blocage. Il aura aussi pris la décision logique, mais néanmoins contestée, de faire revenir la France dans le commandement intégré de l'OTAN, renforçant ainsi les relations franco-américaines et franco-britanniques. Nicolas Sarkozy aura également plutôt bien géré la crise ivoirienne début 2011, et activement participé à la chute de Khadafi en Libye à l'été 2011.

Enfin, le mandat aura été marqué par la révision constitutionnelle de juillet 2008. Adoptée avec seulement une voix de majorité, elle redonne plus de pouvoir de contrôle au parlement, notamment sur les nominations. Le président de la république se voit limité à deux mandats. Enfin, et c'est peut être le plus marquant, elle introduit la question prioritaire de constitutionnalité. Désormais, tout citoyen peut, sous certaines conditions, contester une loi devant le conseil constitutionnel.

Evidemment, Nicolas Sarkozy n'a pas tout réussi pendant ce quinquennat. La loi phare de l'été 2007, Loi Travail Emploi Pouvoir d'Achat (TEPA), a petit à petit été détricotée, car peu adaptée à la crise. Les allègements d'impôts sur les successions seront modifiés, la déduction des intérêts d'emprunts supprimée, de même que le bouclier fiscal. Seul le dispositif des heures supplémentaires a subsisté, même s'il pourrait aussi être supprimé, mais cette fois-ci par le nouveau gouvernement. Toujours niveau fiscalité, le président n'aura pas échappé à l'imbroglio de la TVA, que ce soit la TVA réduite, finalement relevée de 5,5% à 7%, la TVA sociale, annoncée bien trop tard dans le quinquennat, ou encore la TVA réduite dans la restauration, très coûteuse et peu efficace. Sans parler de la taxe carbone, issue du grenelle de l'environnement, qui finira censurée par le conseil constitutionnel, pour rester lettre morte.

Le président sortant s'est aussi, trop souvent, pris les pieds dans le tapis, par un style brouillon, et trop souvent "je veux, je veux, je veux", avant d'être trop souvent obligé de reculer devant les levers de bouclier, et de devoir ainsi assumer ses faux pas. Son  choix de faire désigner par le président de la république les responsables des chaines de radios et de télévisons publiques a donné un arrière goût d'ORTF. Anachronique dans le monde actuel.

Sur le plan économique, le bilan n'est évidemment pas bon, crise oblige. De ce point de vue, tous ses homologues européens sont dans le même cas. Il ne peut pas en porter toute la responsabilité. Mais point de vue strictement comptable, le tableau n'est pas flatteur. Hausse du chômage de près d'un million de demandeurs d'emplois, hausse de la dette de 500 milliards d'euros, croissance faible (1,7% en 2011) et pouvoir d'achat stagnant. On est loin des promesses de 2007.

Si Nicolas Sarkozy fut souvent inspiré sur la politique étrangère, et leader européen responsable en temps de crise, il a connu quelques loupés. Des débuts difficiles avec Angela Merkel et un tropisme plutôt anglo-saxon en début de mandat. Avant de se rattraper, formant le respecté tandem "Merkozy". Et si Sarkozy est intervenu avec zèle en Libye contre Khadafi, c'est pour faire oublier une position ambiguë face aux mouvements du "Printemps Arabe" début 2011, notamment en Tunisie et en Egypte.

Il est toujours délicat de faire un bilan "à chaud" de nouvelles réformes, à peine entrées en vigueur, ou d'une action politique, dans un monde encore en pleine tourmente. Néanmoins, il est certain que le bilan de Nicolas Sarkozy, quoiqu'on en pense aujourd'hui, sera réexaminé avec recul dans les prochaines années, et même en partie réhabilité. Il suivra en cela la logique de tous les présidents sortants. Qui ne se souvient pas d'un Valéry Giscard D’Estaing hué à sa sortie de l'Elysée ? D'un François Mitterrand détesté dans les dernières années de son mandat ? Ou d'un Jacques Chirac carrément tombé dans l'indifférence ? Or, quand on écoute aujourd'hui, tout le monde salue l'intelligence de Giscard, le sens de l'Etat de Mitterrand, et la profonde humanité de Chirac. Aux yeux des français, ils auraient été, eux, de grands présidents, pas comme celui qu'on a actuellement. Curieux pays que la France, où l'on déteste ceux qu'on a élu, pour mieux adorer ensuite ceux-là même qu'on avait si violemment rejetés. Bonne nouvelle donc pour Nicolas Sarkozy, il va bientôt  retrouver le chemin de la popularité. Pour François Hollande en revanche, le chemin de croix commence...

jeudi 10 mai 2012

Sarkozy : Autopsie d'une défaite annoncée

Cela faisait plus d'un an que les sondages répétaient inlassablement que le président sortant ne pourrait pas conquérir un deuxième mandat. Sondages en bernes, rapport droite/gauche défavorable, cote de popularité en chute libre. Non, vraiment, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas l'emporter face au candidat de gauche. Pourtant, c'est ce même candidat que la France portait triomphalement à l'Elysée le 6 mai 2007. A l'époque, tout paraissait possible à cet animal politique hors du commun. Au point qu'une réélection semblait presque une formalité pour lui. La gauche en prenait pour encore 10 ans d'opposition. Les rêves de maroquins ministériels s'envolaient encore un peu plus rue de Solférino. Que s'est-il donc passé ? Tentative d'autopsie d'une défaite largement annoncée.

En réalité, la défaite du 6 mai 2012 prend ses racines le 6 mai ... 2007, le jour de la victoire de ce même Nicolas Sarkozy. Porté par un peu plus de 53% des suffrages, la France croit alors tenir son réformateur courageux, son entrepreneur audacieux, ce modernisateur de la vie politique que l'on attend depuis si longtemps. Mais le souffle de modernité va aller trop loin, trop vite, et sera trop brouillon dans ce pays habitué à des monarques républicains. Et, l'homme décomplexé vis à vis l'argent et fasciné par la réussite va choquer. Il réunit quelques riches amis au désormais célébrissisme Fouquet's. Ce n'est pourtant pas l'endroit le plus chic qui soit. Mais le symbole choque, y compris parmi électeurs sarkozystes. Le nouveau président distribue déjà des munitions à ses adversaires politiques, qui sauront rappeler cet épisode malheureux matin, midi et soir pendant 5 ans sur toutes les ondes. D'autant que suit l'épisode du yacht de Bolloré. Goût du luxe, liens avec les milieux d'affaires et d'argent. Dans un pays où la réussite et l'argent sont parfois suspectes, cela dérange la pudeur catholique et l'égalitarisme républicain. Ajouté à cela la Rolex, les Ray Ban et le tee shirt NYPD, le style détonne. Qu'importe, à l'époque, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy atteint des sommets (Jusqu'à 75% en août 2007). Elle ne cessera alors plus de chuter inexorablement. Le Fouquet's et le yacht reviendront dans les mémoires quant les jours se feront plus sombres.

Car, dès la constitution de son gouvernement, le nouveau président va désespérer certains de ses électeurs. Voulant pousser son avantage face à un Parti Socialiste moribond, Nicolas Sarkozy va, un peu par vanité, dépouiller le PS de certains de ces membres. C'est la grande époque de l'ouverture : Bernard Kouchner, Fadela Amara, Eric Besson, Jean-Marie Bockel, Jean-Pierre Jouyet... et même DSK au FMI. Dans les rangs de l'UMP ça grince. Déjà que les places ministérielles sont chères. Sarkozy se fabrique des ennemis en interne (Jean-François Copé, François Baroin...), et se fâchent avec ses électeurs qui n'avaient pas voté pour voir pareilles têtes d'affiche. Le bling-bling, l'ouverture à gauche, les premiers déçus s'en vont. Ils ne reviendront pas tous en 2012. Des voix qui manqueront.

Si le style détonne et açace (discussion houleuse avec le pêcheur du Guilvinec, Cass' toi pov' con, lune de miel voyante avec Carla Bruni à Disney et en Egypte...), le président est, malgré tout, réformateur et actif. Loi TEPA de l'été 2007, réformes des régimes spéciaux fin 2007. L'opposition trouve sa marotte : le bouclier fiscal à 50%. L'administration fiscale fait des chèques aux foyers fiscaux les plus riches pour rembourser le trop plein perçu. Sarkozy devient le président des riches. Même si d'autres volets de la loi TEPA s'adresse aux classes moyennes et populaires (Heures supplémentaires défiscalisés, déduction des intérêts d'emprunt pour un achat immobilier...), le président sera pour le reste de son mandat associé au bouclier fiscal et au président des riches. Message qui sera martelé, là encore, matin, midi et soir par la plupart des opposants. Une attaque facile et efficace, à défaut d'être totalement juste. C'est (trop) souvent ça la politique. D'autant qu'à l'été 2007, une tempête se prépare de l'autre côté de l'atlantique. Les crédits hypothécaires "subprimes" donnent des signes de faiblesse.

La crise, c'est ce qui touchera de plein fouet la présidence Sarkozy, et prendra le pas sur tout le reste de son action politique, qu'elle soit positive ou négative. L'ouragan de la finance s'abat définitivement fin 2008. Faillite de la banque Lehman Brothers qui se répand comme une tâche d'huile dans le monde de la finance puis, dans l'économie "réelle". Le président vole de sommet de crise en sommet de crise pendant 4 ans. Les français apprécient le dynamisme et le saluent souvent dans les enquêtes d'opinion. Oui mais voilà, les entreprises sont fragilisées, le chômage augmente, les déficits aussi. L'homme a beau être au prise avec une crise financière, économique et budgétaire sans précédent, il est in fine responsable. Et même doublement, puisque dans les faits, il joue aussi le rôle du premier ministre. Dès lors, sa cote de popularité ne cesse plus de chuter, malgré un leadership européen certain avec Angela Merkel, et une politique étrangère souvent inspirée (Georgie, Libye, Côte d'Ivoire...). Qu'importe, la diplomatie d'un pays n'intéresse personne, le chômage intéresse tout le monde. It's the economy, stupid.

Son élection en 2007 avait suscité les attentes les plus folles. Un peu comme celle de Barack Obama aux Etats Unis en 2008. Le pays devait renouer avec une croissance forte, réduire ses déficits, en finir avec le problème du chômage, et entreprendre des réformes structurelles profondes. La crise aura profondément bouleversé l'action du président, comme celle de tous ses homologues des autres pays européens. Mais, si l'on compare le bilan avec les attentes d'avant la crise, la déception est d'autant plus grande. La croissance ne dépasse guère 1% en moyenne, les déficits se sont creusés, et le chômage a fortement progressé. Certes, la situation est pire dans d'autres pays. Mais, les français votent en fonction de la situation de la France, pas celle de l'Espagne ou de la Grèce. Sur les réformes structurelles, Nicolas Sarkozy a été un réformateur timide, mais néanmoins plus actif que ces prédécesseurs : Non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, nouvelle carte judiciaire, réforme des retraites... Insuffisant disent les libéraux qui attendaient tant de ce président. Une attaque sans précédent des acquis sociaux et structures qui font l'ADN du pays disent les syndicats et la gauche. Au final, Nicolas Sarkozy mobilise durement contre lui l'opposition, sans rallier le soutien des exigeants réformateurs libéraux. Des voix qui, là encore, manqueront au décompte final.

Reste la campagne électorale du président sortant. Celui-ci l'aborde en une situation particulièrement délicate. Sondages en berne, cote de popularité qui ne frémit pas d'un poil. Nicolas Sarkozy part avec le désavantage quasi insurmontable d'être à la tête d'un pays en crise profonde. Pas un dirigeant politique européen, dans cette situation, n'a réussit à l'emporter. De plus, après 5 ans d'expérience gouvernementale (2002-2007), puis 5 autres à la présidence de la république, le président-candidat est, depuis 10 ans, sous le feu de l'actualité, à la une quasi-quotidiennement de tous les journaux, et le centre de toutes les discussions. Il y a clairement overdose. Pourtant, les sondages vont frémir, avec la fameuse "droitisation" inspiré par le conseiller officieux Patrick Buisson, présenté comme une sorte de prince des ténèbres, machiavélique et tirant les ficelles. Cette stratégie est critiquée. Elle permet néanmoins un score honnête au premier tour. Par la suite, beaucoup de commentateurs ont trouvé que François Hollande avait dominé le débat d'entre deux tours. Pourtant, suite à la confrontation télévisuelle entre les deux hommes, les écarts dans les sondages se resserrent, et le score est finalement beaucoup plus étriqué qu'attendu (51,6 % - 48,4%) le 6 mai. Comme quoi, il faut se méfier des commentateurs. Malgré tout, Nicolas Sarkozy perd un combat qui, depuis le départ, semblait définitivement impossible à gagner. Reste qu'au second tour, on a décompté plus de 2 millions de bulletins blancs ou nuls. Bulletins qui ont, sans doute, fait défaut au président sortant. Des exaspérés de la période bling-bling, des libéraux déçus, des désorientés de l'ouverture à gauche, et surtout des classes populaires séduites en 2007, mais que la crise et la désindustrialisation ont frappé de plein fouet. Autant de voix qui se sont perdus.

On l'a vu, c'est dans les victoires que se forgent les futurs succès, ou les échecs. Le 6 mai 2007, sans le savoir, Nicolas Sarkozy commençait déjà à creuser sa tombe. La crise qui secoua la planète fit le reste. Fort de cette expérience, le nouveau président Hollande évita donc soigneusement le restaurant des Champs Elysées pour fêter sa victoire et se contenta, dixit les journalistes, d'un pique-nique corrézien. Sauf que ce 6 mai 2012 au soir, le président "normal" rentre à Paris en jet privé, accompagné de sa batterie de conseillers et de courtisans. Il a même fallu commander un deuxième Falcon pour caser tout ce petit monde. Mais, il ne fallait pas faire attendre la Bastille. Pour la note, pas de problème, c'est le PS qui paye. Néanmoins, pour le candidat autoproclamé de l'anti bling-bling, un jet à 30 000 euros de l'heure, ça fait désordre. A côté, le Fouquet's semble une bien piètre cantine...

lundi 23 avril 2012

Les enseignements du premier tour

Le verdict est tombé hier soir. A 20h pour beaucoup, un peu avant pour les aficionados des "réseaux sociaux" comme on dit. A peine les estimations annoncées, les instituts de sondages en prenaient, comme souvent, pour leur grade. Coupable de s'être une fois de plus trompé. Ils auraient sous-estimé la participation, plus forte que prévue, sous-estimé le vote Marine Le Pen, et au contraire surestimé le vote Jean-Luc Mélenchon. Certes. Mais avouons objectivement que tous les instituts avaient au moins trouvé l'ordre d'arrivée de tous les candidats, et à peu près l'ordre de grandeur de leur score. Donc arrêtons la mauvaise foi. Les sondages se sont, par le passé, bien davantage trompés.

Examinons maintenant les résultats. Le candidat socialiste, François Hollande, est en tête. C'est donc plutôt un succès pour lui. Néanmoins, par rapport aux études de ces dernières semaines, son résultat est légèrement en deçà de ce qui était attendu. De plus, si la gauche progresse par rapport à 2007, elle reste encore minoritaire en France. Nous y reviendrons. Le président sortant talonne quant à lui le socialiste. 1,5 point seulement les sépare. C'est néanmoins un désaveu certain pour Nicolas Sarkozy, premier président sortant à ne pas arriver en tête au premier tour lors de sa campagne de réélection, et qui est en repli de 4 points par rapport à 2007. Le bloc de droite modérée, au contraire de celui de gauche, baisse. Deuxième tour très délicat en perspective pour le candidat Sarkozy. Mais l'évènement de la soirée reste le score très important de Marine Le Pen. Si elle ne parvient pas à atteindre le deuxième tour, ses 18% la positionne en situation de force. Ses voix sont incontournables pour faire l'élection. 

Au rayon des déceptions, il y a tout d'abord Jean-Luc Mélenchon. Avec 11% des voix, le Front de Gauche échoue à devancer Marine Le Pen, et est clairement en position de faiblesse dans la perspective d'une négociation avec le PS pour les élections législatives. Il faut croire que les médias et les sondeurs s'étaient plus emballés que les électeurs pour le "Robespierre de plein air" comme le surnomment certains. Autre déception, le score de François Bayrou. Le leader centriste pointe à seulement 9% des voix, contre 18% en 2007. C'est la chute la plus spectaculaire, probablement victime d'un positionnement trop raisonnable dans une élection qui ne l'est pas forcément. Il reste néanmoins un élément incontournable pour faire basculer l'élection, mais il ne pèsera pas dans les négociations éventuelles comme il aurait pu le faire en 2007 s'il avait suivi cette stratégie. Adieu un éventuel poste de premier ministre. 

Pour les autres candidats, leurs scores ne pèsent presque rien dans le jeu politique de second tour, tant l'élection s'est polarisée sur les 5 premiers candidats. C'est donc sans trop de regrets que nous disons adieu aux gaffes d'Eva Joly, aux facéties de Philippe Poutou, à Monsieur tout-est-de-la-faute-de-l'euro Dupont-Aignan, à l’orthodoxie communiste de Nathalie Arthaud, ou aux rêves martiens de Jacques Cheminade. On a l'étrange impression qu'une nouvelle campagne électorale commence. Il était temps !

Qu'en est-il pour le second tour ? Pour cela examinons un peu le rapport de force politique. En analysant les chiffres de ce premier tour, et en les comparant à 2007, on abouti à quelques conclusions. Tout d'abord, on observe une hausse de l'extrême gauche, des écologistes et du parti socialiste. Si le bloc de gauche totalisait en 2007 environ 36%, il passe désormais à 44%. Plusieurs remarques à ce propos. Ce score est très élevé pour la gauche, et peut annoncer une victoire au deuxième tour. Néanmoins, lors de l'alternance de 1981, son score était de 46%, sans compter, à l'époque, les 4% des écologistes. La gauche pesait aussi 46% en 1974, quand François Mitterrand échoua pourtant contre Valéry Giscard d'Estaing. Comparons maintenant ce score au bloc de droite. Celui-ci est plus difficile à définir. Doit-on compter le Front National ou le Modem ? Si on fait le total de la droite modérée (Sarkozy, Dupont-Aignan)  et du score de Marine Le Pen, on obtient environ 47% contre 44% pour la gauche. Paradoxalement le total droite augmente, puisqu'il est passé de 45% à 47% entre 2007 et 2012. Les 9% de Bayrou restant juge arbitre. La France n'est donc pas majoritairement à gauche.

Est-ce à dire que Nicolas Sarkozy conserve des chances de victoire au second tour ? Oui, mais peu. En effet, l'électorat de Nicolas Sarkozy et celui de Marine Le Pen ne sont pas si semblables. L'un est plutôt libéral, classes moyennes et supérieures et pro-européen, quand l'autre est plutôt anti-libéral, classe populaire et anti-européen. Les reports de voix ne sont donc pas aussi systématiques qu'à gauche, ou le seul anti-sarkozysme  suffit à fédérer les électorats socialistes et Front de Gauche, pourtant eux aussi assez différents. Sans compter Marine Le Pen qui savonne clairement la planche du président sortant pour préparer une OPA sur la droite après l'élection. Dans ces conditions, comment Nicolas Sarkozy peut-il gagner ? Un rapide calcul permet d'évaluer les reports de voix nécessaires. Il faudrait ainsi qu'au moins 50% des électeurs de Bayrou penche pour Sarkozy, ainsi que les deux tiers de ceux de Marine Le Pen. C'était d'ailleurs à peu près les reports observés sur le candidat Sarkozy en 2007. La tâche n'est donc pas impossible, mais cela semble néanmoins extrêmement difficile. Les premières études de reports de voix ne sont, pour l'instant, pas du tout suffisantes, et deux semaines ne permet guère de faire bouger sensiblement les lignes. Qu'en est il pour François Hollande ? La situation est plus confortable, car les reports de voix de l'extrême gauche sont bons. Néanmoins, pour faire son élection, il devra rallier une part de l'électorat de Bayrou, mais aussi, une fraction de celui de Marine Le Pen ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, si l'on accuse Sarkozy de vouloir se faire réélire avec les voix du Front National, c'est François Hollande qui sera probablement élu, avec une fraction des voix de la candidate d'extrême droite. 

Reste que l'étude de la carte électorale apporte des informations intéressantes. Les territoires de droite et de gauche sont extrêmement marqués. François Hollande est en tête en Bretagne, dans tout le Sud-ouest, le Nord et la Picardie, ainsi que le Massif Central. Nicolas Sarkozy a perdu certains bastions, mais reste en tête en Normandie, dans la Champagne-Ardenne, l'Alsace, la Lorraine, la Savoie et le Sud-est. Des études qualitatives, réalisées à la sortie des urnes, donnent également un éclairage intéressant sur le vote des Français. Avec quelques paradoxes. Ainsi, si Jean-Luc Mélenchon s'adresse à l'électorat ouvrier, c'est surtout les urbains bobos qui lui ont apporté leurs suffrages. Le vote ouvrier, c'est une fille de famille bourgeoise qu'il l'a obtenu, Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy a basé sa campagne électoral principalement sur la valeur travail. Mais c'est finalement chez les retraités et plus de 65 ans qu'il a eu le plus de succès. Les cadres supérieurs ont préféré  François Hollande, alors qu'ils sont particulièrement visés par les hausses d'impôts au programme du candidat socialiste. Le phénomène "bobo" dans les centres villes a largement profité à la gauche. Elle est en tête dans de nombreuses villes (dont Paris), alors que les résultats sont plus favorables à Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen dans les campagnes. Plus classique, le vote des catholiques pratiquants est allé à droite, chez Nicolas Sarkozy. Les hommes ont voté majoritairement Hollande, et les femmes majoritairement Sarkozy. Enfin, s'agissant des primo-votants, les 18-24 ans, il semble que Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy devance François Hollande d'une courte tête sur cet électorat. Mais le candidat socialiste semble majoritaire sur l'ensemble de l'électorat de moins de 35 ans.

Il reste maintenant quelques jours avant le verdict final. Le président sortant, toujours donné battu dans les sondages, pense encore tout changer avec le débat d'entre deux tours. Il a sans doute tort. Celui-ci n'a, par le passé, jamais inversé la tendance. Mais quand on est donné battu, on se raccroche à tout. Espérons, en tout cas, que le débat s'élève un peu dans les jours qui viennent, et que le vote ne soit pas seulement un référendum anti-sarkozy. Mais bon j'ai comme un doute...

mardi 17 avril 2012

De La Concorde au Château de Vincennes

Dimanche dernier, Nicolas Sarkozy et François Hollande réunissaient leurs troupes pour une dernière démonstration de force avant le premier tour de l'élection présidentielle. L'enjeu était évidemment très différent pour les deux hommes. Pour Nicolas Sarkozy, c'était clairement le meeting de la dernière chance, alors qu'il est toujours largement distancé dans les sondages de deuxième tour, et semble incapable d'inverser la spirale de la défaite qui s'abat inexorablement sur lui. Pour François Hollande, c'était surtout l'occasion de montrer enfin cette ferveur qui manque tant à sa campagne, et ne pas laisser le monopole de celle-ci à Jean-Luc Mélenchon. Car si les deux candidats se sont retrouvés dehors par ce dimanche glacial, c'est bien à cause du candidat du Front de Gauche, qui a fait des meetings en plein air sa marque de fabrique, avec notamment ceux de la place de la Bastille à Paris, du Capitole à Toulouse, ou de la plage du Prado à Marseille. Ironie du sort, alors qu'on nous avait promis une campagne facebook et twitter, on revient finalement encore aux vieilles recettes des grandes réunions publiques.

Côté socialiste, curieux choix que le Château de Vincennes pour tenir son meeting électoral. La gauche est plus coutumière des places de l'est parisien : Bastille, République, Nation. Manque de chance, Mélenchon avait déjà "pris" la Bastille il y a un mois. Restait République et Nation, dont le trajet est bien connu des milieux syndicaux et associatifs, pour y tenir des manifestations régulières. Peut être par souci logistique, ou pour éviter le mélange des genres, François Hollande a préféré le château de Vincennes. Il a au moins le mérite d'être en bordure de l'est parisien, fief de la gauche. Pourtant, le choix peut surprendre. Un peu d'Histoire pour cela.

Initialement simple pavillon de chasse, aménagé par le roi Louis VII, Vincennes se développe avec la construction de la Sainte Chapelle par Saint Louis, puis par un nouvel aménagement de Charles V. Louis XI en fit le siège du pouvoir royal dans le nouveau pavillon et François Ier y résida lors de ses passage à Paris. Louis XIII y passera sa jeunesse, et Louis XIV une partie de son règne. Bref une résidence royale. A partir du XVIII ème siècle, le donjon du château fut aménagé en prison. Y séjourneront notamment des grands esprits du siècle des lumières, tel Voltaire ou Diderot, ainsi que des républicains de gauche du XIX ème, comme Blanqui ou Barbès.  Reconverti en Arsenal, il servit de quartier général en 1940 au général Gamelin, en charge de la défense de la France face aux azis. Avec le résultat qu'on connait. Enfin, dernier fait notable, le Général de Gaulle envisagea dans les années 1960 de transférer la présidence de la république de l'Elysée vers le château de Vincennes. Projet qui ne vit jamais le jour. Bref pas grand chose là dedans à raccrocher à la liturgie de la gauche.

Côté meeting, la foule des grands jours. Drapeaux Français, du PS, du PC, des régions, de "Vivement mai" et pancartes de soutien à François Hollande. Pour le discours, de l'anti-sarkosysme, moteur de sa campagne, et un récapitulatif des propositions du candidat. Mais aussi une historiographie de la gauche. Tout y passe. Les lumières, les révolutions de 1789, de 1830, de 1848, la commune de Paris en 1871, Léon Blum et le Front Populaire de 1936, Raymond Aubrac et la résistance, Pierre Mendès-France et ses fameux sept mois au pouvoir, évidemment François Mitterrand et l'alternance en 1981, et enfin Lionel Jospin et sa majorité plurielle de 1997. Manque Jaurès dans le fil de l'Histoire, mais François Hollande allait le lendemain à Carmaux pour un hommage tout particulier. Et dans cette épopée de la gauche, le candidat socialiste se verrait bien en héritier de tout ça le 6 mai prochain.

A droite, c'est à la place de la Concorde que Nicolas Sarkozy avait donné rendez vous à ses supporters. La droite a peu l'habitude des manifestations et démonstrations de force en pleine air dans Paris. Le choix de la Concorde tombait sous le sens. Dans l'Histoire, la gauche a déjà ses places fortes à la Bastille (10 mai 1981) et à République et Nation (Manifestations en tout genre). Restait donc la Concorde, entre l'assemblée nationale, les Tuileries et les Champs Elysées, et surtout non loin de l'Elysée et du ministère de l'intérieur. Bref les lieux de pouvoir. Pour l'image, la droite tient donc encore (fébrilement) les lieux de pouvoir, pendant que la gauche est dans le bois en bordure de Paris et s'apprête à rentrer dans la capitale pour prendre celui-ci. Bonne synthèse (consciemment ou inconsciemment ?) de la campagne par les protagonistes. Mais là encore, arrêtons nous quelques instants sur l'Histoire de la place de la Concorde.

Aménagé au XVIII ème siècle par l'architecte Gabriel, elle fut décorée en son centre par une statue équestre de Louis XV, sculptée par Bouchardon. Elle prit logiquement le nom de place Louis XV sous l'ancien régime. Elle prit ensuite le nom de place de la révolution et fut le lieu de passage de tous les révolutionnaires, mais aussi des condamnés à mort. C'est sur cette place que fut installée la guillotine pendant la terreur, et que périrent Louis XVI, Marie-Antoinette, et tant d'autres protagonistes de cette période (Madame Roland, Charlotte Corday, Danton...). A partir de 1795, la place prit le nom de place de la Concorde, nom qu'elle perdit et reprit plusieurs fois au cours du XIX ème siècle au gré des changements de régime (Empire, Monarchie, République...). C'est en 1833, que le roi Louis-Philippe décide l'installation de l'obélisque, cadeau fait par le vice-roi d'Egypte, Méhémet Ali. L'architecte Hirttorff aménagera encore la place sous Louis-Philippe, avec l'installation des deux gigantesques fontaines que l'on connait toujours. Révolutionnaire, la place faillit le redevenir le 6 février 1934, avec les ligueurs de l'Action Française tentant de s'emparer de l'assemblée nationale. Dans le prolongement des champs Elysées, la place a connu son heure de gloire à la libération de Paris en 1944 et le défilé de la victoire du Général de Gaulle. C'est encore les gaullistes qui investiront les Champs Elysées et la place de la concorde en 1968, à l'appel de Michel Debré et André Malraux, pour dire "Non à la chienlit". En 1995, Jacques Chirac y fête son élection. Imité en 2007 par Sarkozy. Initialement révolutionnaire, cette place est devenue, sans doute aussi par défaut, la place favorite de la droite. Cette place qui symbolise un mélange de république révolutionnaire et de monarchie libérale.

Pour ce qui est du meeting, une scénographie très soignée. La foule des grands jours là aussi, mais avec un seul drapeau à agiter : le drapeau tricolore. Un discours très axé sur les valeurs : nation, famille, grandeur de la France... Sur la liturgie maintenant, un discours dense et truffé de références historiques éclectiques.  Ici, on ne refait pas l'histoire de la droite. On pioche un peu partout dans l'imaginaire français. Citations de Charles Péguy, catholique socialiste, mais aussi de Victor Hugo, l'incarnation à lui tout seul de la république. Le souffle révolutionnaire de 1789 n'est pas absent. Il s'incarne dans la Bataille de Valmy de 1792, qui vit les armées de la république triompher des monarchies étrangères. La gloire de l'empire s'incarne avec Napoléon Bonaparte et le soleil d'Austerlitz. La France c'est bien sûr aussi la résistance et le "non" du 18 juin du général de Gaulle. La France résistance est aussi d'Outre mer, et c'est Aimé Césaire, le poète martiniquais qui est mis à l'honneur, perpétuant la tradition des Racine et Zola. Sans oublier les plus grandes plumes de notre Histoire, à l’instar de Molière, le dramaturge des caractères, Voltaire, le libre penseur, ou Chateaubriand, l'écrivain romantique royaliste... Du bon Guaino.

Au bilan de la journée, match nul. Les deux meetings ont, à leur manière, bien marché et se sont neutralisés. Mais l'enjeu était surtout pour chacun de fédérer son propre camp et assurer le score le plus haut possible au soir du premier tour. Car deux dangers guettent. D'abord l'abstention. Elle s'annonce record tant le rejet de la politique est profond actuellement. Et elle vise les deux camps. L'autre risque, dans un contexte de grande volatilité des électeurs, c'est clairement de se laisser déborder par l'offre alternative des extrêmes. Le Front de Gauche menace François Hollande d'un premier tour décevant et le Front National pourrait empêcher Nicolas Sarkozy d'arriver en tête dimanche prochain. La garantie d'une défaite au second.

Car, à quelques jours du premier tour, qu'en est il vraiment ? Clairement, les jeux semblent faits, sauf retournement, très improbable, de la situation. Sans génie mais sans grande difficulté, François Hollande devrait s'installer dans le fauteuil de président en mai prochain. Nicolas Sarkozy sent le vent de la défaite arriver, et se bat avec l'énergie du désespoir. Après avoir un peu réduit l'écart dans les intentions de vote, il semble incapable de renverser la table comme il le prédisait. La dynamique n'est plus là. S'il garde des chances d'arriver en tête le 22 avril au soir, les reports de voix du Modem et du Front National seront insuffisants. Son salut ne pourra venir que d'une abstention la plus forte possible, son électorat restant malgré tout le plus mobilisé et le moins volatile. Sa chance est aussi d'incarner jusqu'au bout ses valeurs et le régalien. Car, dès qu'il parle économie et réduction de la dette, il plonge dans les sondages. François Bayrou en fait l'amer expérience. Plus le candidat centriste parle des problèmes économiques, plus ses intentions de votes sont en chute libre. Curieux paradoxe. Les français, bien conscients des vrais problèmes, n'accordent cependant pas leurs suffrages à ceux qui en parlent le plus. Comme pour ne pas se réveiller de ce doux rêve qui prendra fin brutalement le lendemain du 6 mai 2012...

De la Concorde au Château de Vincennes...

jeudi 5 avril 2012

Une campagne n'importe quoi !

Avec le franc parler qu'on lui connait, le député européen EELV Daniel Cohn Bendit a lâché le sentiment de beaucoup à l'égard de la campagne présidentielle en cours : "On s'emmerde" et "Cette campagne, c'est n'importe quoi". C'est dit ! Qu'on "s'emmerde" passe encore. Après tout, si les débats étaient d'un haut niveau, et peu accessibles, il peut au final en ressortir de bonnes choses. Mais ce n'est pas le cas. Car cette campagne, c'est effectivement "n'importe quoi".

Et ce ne sont pas les sujets qui manquent. Commençons par le favori des sondages, François Hollande. Parti très tôt en campagne, avec un programme de 60 propositions, le candidat socialiste laisse dubitatif. Il reste empêtré dans un accord avec EELV sur la fermeture des centrales nucléaires. L'accord prévoit la fermeture de 24 centrales. Le candidat affirme qu'une seule sera fermée, Fessenheim. Quid des 23 autres ? Des travaux d'abord puis un démantèlement progressif. Quand alors ? Lors d'un second mandat ? Mystère. Et pourquoi Fessenheim ? Parce qu'elle est en zone sismique. Pourtant, on ne peut pas dire que ceci est posé problème jusqu'à présent. L'Alsace n'est pas non plus la zone sismique la plus à risque du monde. Concernant son programme économique, on ne peut que s'étonner de sa légèreté. Sur le rétablissement des comptes publiques, presque aucune économie de fonctionnement de l'Etat, et même des dépenses supplémentaires. Et pour les recettes alors ? Il fera payer les riches et les grosses entreprises. Pas les classes moyennes ? Non promis juré. Qui peut croire de telles mensonges ? Le compte n'y est pas monsieur Hollande, et vous le savez très bien.

Son principal challenger, Nicolas Sarkozy ne fait pas forcément mieux. Sa grande trouvaille de la campagne, ce sont les référendums. On va en faire pour tout. Pour les droits des chômeurs, pour l'immigration et que sais je encore... Comme si les français avaient déjà répondu à la question réellement posée lors des précédents référendums. Et comme si les sujets du chômage et de l'immigration étaient de nature à être traités par référendum. Et surtout, comme si Nicolas Sarkozy allait réellement mettre en oeuvre ces référendums. Côté programme, contrairement à François Hollande qui a mis toutes les propositions sur la table dès le départ, le président sortant le fait au compte goutte. Soit pourquoi pas. Mais là où le candidat socialiste a (mal) chiffré son projet, le candidat de droite s'en est affranchi. Il semble vouloir se rattraper aujourd'hui lors de la grande présentation de son programme. Soit, mais à deux semaines du premier tour, ça fait vraiment léger.

Et puis il y a le candidat qui monte, Jean-Luc Mélenchon. Le leader du Front de Gauche est porté par une dynamique certaine. Son talent de tribun fait effet et les meetings sont pleins. Mais pour faire quoi ? Pour entendre quoi ? Pour jouer un dimanche de mars un piètre remake de la prise de la Bastille? Deux siècles après sa démolition. Quelle est la prochaine étape pour ce nouveau Saint Just ? Couper la tête d'un roi ? Car économiquement, il y a peu à commenter, si ce n'est la création de 14 tranches pour l'impôt sur le revenu, pour être certain de bien tout prendre jusqu'au dernier centime. Quant à la crise de la dette, c'est la faute des méchants banquiers et des méchants riches. Conséquence, au-dessus de 360 000 euros de revenus par an, on prend tout. Punition. Qui peut croire que si cette mesure était adoptée elle réglerait le problème ? En attendant on promet des lendemains qui chantent, des SMIC à 1700 euros et compagnie...

Autres candidats plutôt bien placés, Marine Le Pen et François Bayrou. Le candidat du Modem semble tenir un discours raisonnable et mesuré sur les grands enjeux du pays, à savoir notamment sur la situation de la dette et de l'emploi. Cependant, au delà du discours, on se rend compte très vite qu'il n'y a pas de stratégie économique ni de propositions concrètes pour rééquilibrer les comptes du pays. Et lors d'une interview télévisée récente, il a contesté défendre une mesure sur l'extension d'attribution des bourses d'étude. Mesure qui figurait pourtant noir sur blanc dans son programme sur son site web. Quand les candidats ne connaissent même pas leur programme...

Pour la candidate du Front National, le problème est un peu différent. Elle connait son programme, mais semble avoir ignorée les rouages basiques de l'économie pour le construire. Lors de l'émission Des paroles et des actes, le journaliste économique François Lenglet l'interroge sur la sortie de l'euro, mesure phare de son programme. Celle-ci se lance alors dans une fumeuse démonstration sur les gains, en terme de compétitivité, d'un retour au franc. Mais quand le journaliste l'interroge sur le risque d'une dévaluation pour l'épargne des ménages, elle rassure : un franc = un euro. Sauf que dans ces cas là, il n'y a plus de dévaluation donc aucun gain de compétitivité. Et la candidate Front National semble, au passage, s'affranchir du régime flottant des monnaies. Un franc = un euro, ça ne durerait pas bien longtemps. Embourbée, Marine Le Pen préfère s'en prendre à Lenglet, forcément un europhile et libéral du système. Tellement facile quand on ne comprend rien à son propre programme.

Mais les "petits" candidats ne sont pas en reste. Au premier rang d'entre eux, tout le monde pense évidemment à Eva Joly, l'ancienne juge d'instruction, et candidate d'Europe Ecologie Les Verts. On ne pourra pas passer à côté de sa chute, à la sortie d'un cinéma, dimanche dernier. On lui souhaite évidemment bon rétablissement, mais on se dit quand même que pareille mésaventure ne pouvait arriver qu'à elle. A l'image de sa campagne. Cela vient couronner une succession de bourdes sans fin, dont l'avant dernière était sa confession publique, en plein meeting, de faire une mauvaise campagne ! Tout le monde le sait, mais elle aurait pu attendre quelques semaines quand même. Et cela s'ajoute à une succession quasi ininterrompue de bévues depuis sa nomination : Suppression du 14 juillet, "Je ne crois plus que je puisse devenir présidente", "On va me donner le ministère des sports", "Corinne Lepage, je l'emmerde"... Nadine Morano aurait-elle trouvé son maître ?

Les deux candidats trotskistes (pourquoi en faut-il deux d'ailleurs ?) sont également bien placés pour obtenir la palme. Honneur au femme, parlons d'abord de Nathalie Arthaud. Elle a la lourde tâche de succéder à Arlette Laguiller, 5 fois candidate à l'élection présidentielle, pour représenter Lutte Ouvrière. Du classique dans son programme : interdiction des licenciements et compagnie. Sauf que de son état civil, la candidate LO est professeur d'économie et de gestion. Ça laisse songeur de voir celle-ci formuler pareilles mesures, qu'on ne trouve évidemment dans aucun livre d'économie. L'autre candidat trotskiste, c'est Philippe Poutou, du NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste. Comme il peine à se faire connaitre, une fois sur deux, c'est Olivier Besancenot qu'on envoie dans les médias. On se demande lequel des deux est candidat. Mais quand Poutou vient en personne dans les studios de RTL la semaine dernière, on reste sans voix. Jean-Michel Apathie lui même semblait tomber des nues. Sur la question de la dette, le candidat NPA a la solution :  "On ne rembourse pas". Apathie relance : "Vous voulez dire qu'on ne rembourse pas les intérêts des emprunts". Poutou répond : "Oui...et le reste non plus". Le journaliste tombe par terre : "On ne rembourse rien !?". Poutou : "Non, rien. On fait comme les grecs". Tout est dit.

Enfin, un candidat est venu d'une autre planète : Jacques Cheminade. Après une première candidature en 1995, le voici donc de retour pour une nouvelle tournée. Et dans son programme, figure très officiellement le projet de coloniser Mars. Sauf qu'aux dernières nouvelles, sur cette planète, il n'y a pas d'air. Lui n'en manque pas en tout cas.

La semaine dernière un journal britannique tout ce qu'il y a de plus sérieux dénonçait le niveau pitoyable de la campagne électorale. The Economist titrait en effet à propos de la présidentielle française : France in denial. Avec en image de fond Hollande et Sarkozy en personnage du tableau d'Edouard Manet, Le déjeuner sur l'herbe. Oui, la France est dans le dénie. Mais corrigerons. Les français ne le sont pas, pour beaucoup. Et dans leur fort intérieur, les principaux candidats ne le sont pas non plus. Mais visiblement, il n'est pas possible de faire une campagne sérieuse et de vérité. Chaque candidat se regarde donc, attendant que l'autre fasse la faute, et parle le langage de vérité, ce qui signerait son arrêt de mort électoral. Résultat, la campagne est dans l'impasse, puisque les vrais enjeux et controverses de campagnes sont délibérément cachés aux électeurs. On est dans une situation assez surréaliste où la France, dans l'oeil du cyclone pendant des mois sur le problème de la dette et du AAA, "trésor national", parle maintenant de tout dans cette campagne, sauf de cela. Comme si cette élection était une courte période d'accalmie et de rêverie au milieu d'une tempête bien réelle. On escamote ainsi le seul sujet qui sera sur la table au lendemain de l'élection : la crise de la dette et l'inévitable plan de rigueur qui sera mis en place, quelque soit le vainqueur.

Une campagne n'importe quoi !

vendredi 30 mars 2012

Les courbes se croisent...au premier tour

Est ce un tournant dans la campagne ? Pour l'instant non. Mais les choses commencent néanmoins à bouger dans cette élection où tout semblait déjà écrit d'avance. En effet, depuis maintenant deux semaines, plusieurs des principaux instituts de sondages (l'IFOP d'abord, CSA ensuite et enfin la SOFRES) ont successivement noté une même tendance : François Hollande marque le pas, perdant même plusieurs points par rapport au mois de février. A l'inverse, le président sortant, Nicolas Sarkozy, en gagne. Et logiquement, les courbes se sont croisées. Oui, les choses bougent. Mais, si les courbes se croisent, c'est uniquement au premier tour.

Ainsi, selon les différents instituts, les deux principaux candidats se tiennent désormais dans un mouchoir de poche pour être en tête au premier tour. Mais, avec un candidat de droite qui semble inexorablement passer devant, puisqu'il est régulièrement crédité de 28 % à 30 % des intentions de vote contre 26 % à 28 % pour le candidat socialiste. Derrière cette tendance, se cache un autre croisement de courbe, non encore confirmé par toutes les enquêtes, mais au moins identifié par certaines. C'est Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de Gauche, qui passerait ainsi de la 5ème à la 3ème place, au nez et à la barbe de Marine Le Pen et François Bayrou. Attention toutefois, les écarts sont très faibles et les électorats de ces trois candidats particulièrement volatiles. Mais il semble en tout cas envisageable que Jean-Luc Mélenchon, avec 13 % ou 14 % d'intentions de votes, finisse l'élection devant la candidate du Front National et celui du Modem

La campagne n'est pas terminée, mais nous sommes néanmoins à trois semaines seulement du premier tour. Et pour tous les candidats, la dynamique s'est ou non lancée. Il n'y a désormais guère à espérer un tardif déclenchement si cela n'a pas été le cas, seulement une éventuelle bonne ou mauvaise surprise, dans le secret de l'isoloir. Qu'en est-il alors de ces dynamiques de campagne ? Tout d'abord, il convient de souligner le climat particulier de cette campagne. Contexte économique difficile, fort rejet des politiques, cette campagne passionne moins que d'habitude, mobilise moins que d'habitude. Et si les militants et passionnés de politiques se rendent bien dans les meetings ou sur les marchés, les enquêtes d'opinion montrent clairement un manque d'entrain pour cette élection présidentielle. Celles-ci révèlent en effet que les français sont nettement moins intéressés par cette campagne que par les précédentes, notamment celle de 2007. Ils sont aussi moins nombreux à déclarer vouloir y participer. Enfin, ils sont plus nombreux à être indécis, notamment sur leur vote de 2ème tour.

Dans ce contexte, deux candidats tirent néanmoins un peu leur épingle du jeu. Tout d'abord le président sortant, Nicolas Sarkozy. Depuis son entrée en campagne, il a pris 4 ou 5 points dans les sondages, passant de 24% - 25 % à 28 % - 30 %. Historiquement, tous les présidents sortants enregistrent un gain de 2 ou 3 points lors de leur déclaration de candidature, avant de les reperdre presque aussitôt. Dans le cas de Sarkozy, il a effectivement pris ces 2 points, pour les reperdre très vite. Avant d'enclencher une véritable dynamique, portée notamment par son grand meeting de Villepinte le 11 mars dernier, et par une grande tournée des plateaux télés et des radios. Mais au delà, c'est surtout le message qu'il délivre qu'il convient d'analyser. En effet, comme on pouvait s'y attendre, le candidat-président renoue avec sa stratégie de 2007. Sa campagne s'est ainsi tournée vers les catégories populaires, clé de l'élection, avec une tentative de réconciliation entre les électeurs du "Oui" et ceux du "Non" au traité européen de 2005. Pour cela, il remet en place sa stratégie de conquête électorale autour de trois axes forts. Sur son côté droit (conseillé par Patrick Buisson), des signes sont envoyés aux électeurs tentés par Marine Le Pen : sortie de Schengen dans un an si aucun accord n'est trouvé, réduction du nombre d'entrée d'immigrés. Sur son côté gauche (conseillé par Henri Guaino), c'est le rappel des valeurs du gaullisme social, la promesse de mettre fin aux rémunérations excessives et aux "golden" parachutes des grands patrons, ou encore la proposition de taxer les exilés fiscaux. Enfin sur son centre (conseillé par Emmanuelle Mignon), c'est l'Europe et l'avenir du couple Franco-Allemand qui est exalté,  et un discours de Villepinte en appelant aux pères fondateurs de l'Europe, notamment Jean Monnet et Robert Schuman. La libre entreprise n'est pas oubliée. Des exonérations de charges sont proposées pour l'embauche des seniors et pour les artisans. Le président s'affiche aussi volontiers avec les centristes sociaux Jean-Louis Borloo et Pierre Méhaignerie. Conforme à sa personnalité excessive, le candidat Sarkozy est donc capable de faire campagne plus à droite que Marine Le Pen, plus à Gauche que Jean-Luc Mélenchon, et plus au centre que François Bayrou. L'attelage idéologique peut laisser perplexe, mais ce cocktail a déjà fait ses preuves, avec succès, en 2007.

L'autre candidat à tirer son épingle du jeu, c'est Jean-Luc Mélenchon. Longtemps sous la barre des 10 % avant fin février, il est maintenant pointé à 13 % ou 14 % selon plusieurs études, et donc capable de concurrencer sérieusement Marine Le Pen et François Bayrou. Sa montée en puissance, Mélenchon l'a doit en partie à lui même. Soutenu par un Parti Communiste Français moribond, un succès semblait difficile à imaginer. Sauf que les talents de ce tribun médiatique ont fait mouche dans l'opinion. Le contexte de crise a évidemment largement aidé, la gauche de la gauche considérant ses thèses validées. Enfin, le candidat du Front de Gauche rassemble sur son nom d'anciens électeurs d'Arlette Laguiller et Olivier Besancenot, leurs successeurs Nathalie Artaud et Philippe Poutou peinant à prendre la relève. Dans le paysage politique français, l'extrême gauche rassemblée représente environ 10 % des suffrages. A 14 %, Mélenchon séduit donc au delà. Chez les abstentionnistes d'abord, mais il attire aussi des électeurs de François Hollande. Depuis son insurrection citoyenne et sa "prise de la bastille", c'est le candidat qui a le vent en poupe. Et les évènements de Toulouse n'ont pas cassé cette dynamique.

Deux candidats, parmi les principaux, semblent eux être un peu passé à côté et n'ont pas trouvé vraiment leurs créneaux : Marine Le Pen et François Bayrou. La candidate du Front National fera peut être mieux que son père en 2007, mais il semble exclu qu'elle puisse s'immiscer dans le duel promis Hollande - Sarkozy. Concurrencé sur sa droite par Sarkozy, champion des thèmes régaliens, elle n'a pas réussi sa percé espérée sur les sujets économiques et sociaux. La sortie de l'euro et la fermeture des frontières contre la mondialisation ne sont pas pris au sérieux. François Bayrou, lui, semble en net recul par rapport à ses 18 % de 2007. Cette année là, c'est lui qui avait crée la dynamique. Son heure semble être passée, il n'est plus le "rebelle" de l'élection. C'est au tour de Mélenchon de bénéficier, le temps de quelques semaines, de l'effet nouveauté et de connaitre les faveurs de l'opinion.

Enfin, un candidat était parti sur une dynamique très forte, qui s’effrite désormais de façon continue et presque inexorable. C'est bien sûr le toujours, mais de moins en moins, favori de l'élection : François Hollande. Porté par les primaires, il caracolait dans les intentions de votes il y a encore quelques mois. On lui attribuait de 35 % à 39 %  au premier tour, et environ 65 % au second. C'était il y a 3 ou 4 mois. Depuis, il a perdu au moins 10 points au premier tour, et tout autant au second tour. Il se situerait ainsi désormais entre 53% et 55% selon les différents instituts, ce qui reste encore très confortable. Pourtant, le candidat socialiste suscite peu d'enthousiasme et le candidat semble avoir perdu la dynamique de son début de campagne. Lors des primaires, ces concurrents l'avaient attaqué comme étant un candidat "flou" et "mou". Cette image lui colle désormais à la peau, et le doute s'installe dans la tête des électeurs. Le slogan de Nicolas Sarkozy (La France Forte), rappelle constamment qu'il incarnerait donc, dans cette logique, "La France molle".  Même des électeurs socialistes doutent, et certains préfèrent jouer Mélenchon, au moins pour le premier tour. Et Hollande baisse à 26 %. Dans une interview il y a quelques semaines, le conseiller opinion de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, décrivait cette absence de dynamique chez le candidat socialiste, et prédisait qu'il ferait moins bien que Ségolène Royal en 2007 (25,8%). Cela paraissait saugrenue, tant le candidat paraissait dominateur. Finalement, on y est presque. Du coup, la nervosité gagne le camp socialiste qui a pourtant la victoire à portée de main. La séquence toulousaine a également perturbé la campagne socialiste, en représidentialisant Nicolas Sarkozy, très à son avantage dans l'exercice. D'où les attaques des lieutenants de Hollande contre l'intervention du RAID. Maladroites et malvenues, elles n'ont pas pris, bien au contraire.

Avec au moins 53 %, François Hollande conserve toujours une belle avance et ses chances de l'emporter le 6 mai prochain. D'autant que les points seront de plus en plus difficile à grappiller pour Nicolas Sarkozy. Il faudra en effet convaincre de plus en plus des électeurs déjà décidés à changer d'intention de vote, et surtout les nombreux indécis du second tour, qui détiennent les clés du scrutin. A ce jeu, le président sortant semble néanmoins avoir réussi le tour de force d'améliorer sensiblement les reports de voix pour le 2 ème tour. Ils passent ainsi de 30 % à 50 % pour l'électorat de Marine Le Pen. Et de 20 % à 50 % pour celui de François Bayrou. C'est encore insuffisant, mais en seulement quelques semaines, cela semble être une validation de sa stratégie de campagne.

On observe toujours un resserrement des intentions de votes à l'approche de l'élection entre le candidat favori et son challenger. Sans que cela ne change pour autant le résultat de l'élection, dont le sort est généralement plié beaucoup plus tôt, les candidats ultras favoris se détachant, ou au contraire s'écroulant très vite. Si Nicolas Sarkozy parvenait à gagner dans le dernier mois de campagne, ce serait sans précédent.

Les courbes se croisent...au premier tour.

vendredi 24 février 2012

La tectonique de l'opinion

Le président Sarkozy est devenu depuis la semaine dernière officiellement candidat. Il l'était évidemment déjà depuis longtemps, mais l'officialisation de son entrée en campagne change néanmoins sensiblement la donne.

En effet, jusqu'à présent, le candidat socialiste, François Hollande, attirait sur lui tous les commentaires, aussi bien flatteurs que critiques, que ce soit sur son programme présidentiel ou sur sa campagne électorale. Nicolas Sarkozy restait quant à lui à l'abri derrière sa fonction présidentielle, attendant son heure. Sauf que les coups pleuvaient malgré tout contre lui, comme c'est le cas depuis son arrivée au pouvoir. Loin d'être confortable, la fonction empêchait finalement le président-candidat de répliquer à ces adversaires. Il a donc changé de stratégie pour passer à l'offensive sous le costume de candidat. Et depuis, le candidat de droite cogne sans retenu contre son adversaire. Ce qui est marquant depuis quelques jours, c'est que le président  sortant a repris la main dans la campagne, en lançant les principales controverses de campagnes : la lutte contre l'assistanat et le recours au référendum pour redonner de la souveraineté au peuple. Son intervention télévisée de mercredi soir, avec de nouvelles propositions s'aventurant sur le terrain de la gauche, le place là encore au coeur de la campagne, puisqu'il est devenu la cible de tous les commentaires. C'est donc plutôt, de ce point de vue, une bonne entrée en campagne. Il donne le rythme et éclipse pour l'instant quelque peu un François Hollande qui a dévoilé son jeu assez tôt et a été très exposé médiatiquement. 

Une batterie de sondages est publiée ces jours ci pour juger l'effet de cette entrée en campagne sur l'opinion, et notamment sur les intentions de votes. Ces enquêtes s’intéressent à plusieurs questions : l'entrée en campagne du candidat est elle jugée bonne ? Ces premières propositions sont elles jugées convaincantes ? Et surtout, quel est l'impact de cette entrée en campagne sur les intentions de votes ?

Tout d'abord, l'entrée en campagne en campagne du candidat de droite est elle jugée convaincante ? Eh bien ça dépend des instituts de sondage. Dans une première étude, une courte majorité (52 %) semble avoir été convaincu par la déclaration de candidature sur TF1. Etude aussitôt contredite par une autre, jugeant au contraire sa prestation majoritairement pas convaincante. Sur l'entrée en campagne en général, là encore, les instituts se contredisent largement. D'après l'institut CSA, l'entrée en campagne est jugée bonne par 48% contre 46%, donc un oui d'une courte tête. Pour d'autres, la réponse est plutôt non. D'après un autre institut, l'image du candidat de droite s'améliore pour 15% des personnes interrogées, et se dégrade pour 8%. En tout cas, pour une grande majorité, l'entrée en campagne n'a pas modifié son image, en bien ou en mal. 

Qu'en est-il maintenant des premières propositions du candidat en campagne ? Ce qui se dégage d'abord, c'est un jugement toujours très négatif du bilan du président sortant. De ce point de vue, l'entrée en campagne n'a pour l'instant rien changé sur ce sujet. La proposition de recourir au référendum semble largement plébicité par les français (Environ 64%). De ce point de vue là, le candidat Sarkozy a fait mouche. Concernant la dénonciation de l'assistanat, là encore, les études évoquées dans un précédent post indiquait un très large soutient à droite et d'une minorité non négligeable à gauche. Le candidat Sarkozy a donc vue juste. Cependant, les études montrent aussi que les électeurs sont plus circonspects sur l'idée de statuer sur l'assistanat, la formation des chômeurs ou encore l'immigration par le biais d'un référendum. De plus, le président sortant n'a jamais recouru à cette procédure pendant 5 ans. Sa crédibilité sur le sujet peut donc aisément être mise à mal.

Le plus important concerne sans doute les intentions de votes. Selon le sondage CSA de mardi, cela se resserre au premier tour. Hollande perd 2 points et tombe à 28 %. Sarkozy prend un point et atteint 27 %. Marine Le Pen est hors de portée, François Bayrou davantage encore. Au second tour, c'est également plus serré, à 56 % - 44 %. Les autres instituts pointent pour la plupart un frémissement au premier tour (26-27%) et au second (45%), à part IPSOS qui ne constate pas de changement dans les intentions de votes de premier tour (25%) et de second (41%). On observe donc des marges relativement importantes d'une étude à l'autre, ce qui semble montrer que l'opinion est encore mouvante. Cependant, elles indiquent toutes un François Hollande en tête au premier tour et vainqueur au second. Lors des élections précédentes, les instituts pouvaient parfois avoir des résultats contradictoires.

Enfin, dernière étude intéressante. Il a été demandé cette fois aux sondés pour quel candidat il était sûr de ne pas voter au premier tour de l'élection présidentielle. A cette question là, François Hollande recueille 40 %, c'est à dire la proportion de sondés qui exclut catégoriquement de voter pour lui au premier tour. Nicolas Sarkozy est à 54 % sur cette question. A supposer que l'étude soit transposable au second tour (si l'on exclut fermement de voter pour quelqu'un au premier tour, ce n'est à priori pas pour le l'envisager au second tour), ce résultat est inquiétant pour le président sortant qui ne parvient pas à dépasser une potentielle barre de 50 % d'électeurs susceptibles d'envisager de voter pour lui. Ceci n'est en même temps guère surprenant, tant les sondages de second tour persistent à donner un écart allant en moyenne de 8 % à 12 %. On peine à se demander comment le candidat-président sortant pourra retourner en sa faveur une proportion importante d'électeurs hostiles. Cependant, d'autres études (encore des études !) montre que seulement 66% à 75% des futurs votants ont déjà arrêté leur choix pour le second tour. Il y a donc encore beaucoup de voix à prendre, de part et d'autres, et qui peuvent faire basculer l'élection.

On peut être un peu perdu par cette succession d'études. Ce qu'elles montrent pour l'essentiel, c'est une opinion assez volatile, qui est en train de bouger, sans trop que l'on sache dans dans quel sens. Des mouvements tels ceux des "plaques tectoniques" sont en train se s'opérer. Les électeurs qui peuvent encore changer d'avis sont en train de le faire. Les indécis quant à eux vont progressivement se décider, maintenant que l'offre électorale est presque au complet, à quelques parrainages près. La cristallisation des votes est donc en train de commencer et va se poursuivre dans les prochaines semaines.

François Hollande, de son côté, est face à l’éternel dilemme de prendre des risques ou de gérer son avance, persuader d'être au second tour et de gagner ce qui sera certainement un référendum contre Sarkozy. Pour ce dernier, les semaines qui viennent sont cruciales pour lui. Il n'a guère le droit à l'erreur et doit impérativement rattraper une partie de son retard avant fin Mars et le début de la campagne officielle (synonyme d'égalité de temps de parole). Paradoxalement, le candidat Sarkozy ne semble pas avoir de problèmes de premier tour, Marine Le Pen et François Bayrou ne semblant pas en mesure de s'inviter dans le duel Hollande-Sarkozy. Et là, les élections passées montrent que c'est souvent celui qui prend des risques qui l'emporte. De ce point de vue là, le jeu est encore ouvert...

mercredi 15 février 2012

Sarkozy rejoue 2007

C'est donc aujourd'hui que Nicolas Sarkozy met fin au faux suspens entretenu depuis plusieurs semaines sur son annonce de candidature. Il n'aura, de ce point de vue là, pas été en rupture avec ses prédécesseurs. Ce soir, il sera donc officiellement candidat à sa réélection après sa déclaration sur TF1. 

Initialement plutôt prévue pour début mars, le chef d'état semble avoir sensiblement accéléré le tempo. C'est le bon moment pensent les stratèges de l'UMP et de l'Elysée, car l'opinion est en train de se décider et les votes vont se cristalliser dans les semaines qui viennent. Mais il est aussi possible qu'une certaine panique s'installe dans les rangs de la majorité sortante. Les sondages ne décollent pas vraiment et le président sortant est donné régulièrement battu avec un score tel (57% - 43%) qu'on ne voit pas du tout comment il pourrait inverser la tendance. A cela, Nicolas Sarkozy semble ces dernières semaines vouloir rejouer avec les recettes de sa campagne victorieuse de 2007.

Comment s'est articulé sa campagne de 2007 ? Principalement par une offensive idéologique basée sur quelques valeurs et controverses fortes, à destination d'électorats bien définis. Ainsi, on se souvient d'abord du congrès du 14 janvier 2007 à la Porte de Versailles. Le candidat Sarkozy donne dans la messe gaulliste comme les affectionnent les militants du jadis RPR. Il donne ainsi un premier signale de rassemblement à l'égard de la famille de la droite gaulliste, qui reste largement prédominante au sein de la droite en France. La première offensive idéologique du candidat UMP fut alors sur le travail et le mérite, des thèmes chers à la gauche. Émerge alors de ses discours de campagne le fameux "Travailler plus pour gagner plus". Sarkozy cite Jaurès et Blum dans les réunions de sympathisants UMP. ça fait un peu désordre, mais l'offensive à gauche marche. Sarkozy parvient à décrocher une frange importante de l'électorat populaire, notamment ouvrier, jusqu'ici chasse gardé de la gauche. Mais le danger guette alors au centre avec l'engouement pour la candidature Bayrou. Le candidat de la droite riposte. Il parvient à débaucher des transfuges de l'ex-UDF et par ses propositions européennes et libérales, il rassure l'électorat de la droite modérée tenté par Bayrou. Reste que Sarkozy pense qu'il doit être nettement en tête au premier tour pour gagner le second et qu'il aura besoin de bons reports de voix venant de sa droite. Il lance alors sa dernière offensive en proposant la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. En faisant un lien entre immigration et identité nationale, le candidat UMP provoque un tollé auprès des observateurs politiques et de ses adversaires. Mais dans les sondages, le coup est gagnant. Les électeurs de Le Pen se reportent en partie sur Sarkozy dès le premier tour. Avec plus de 31% des voix, Sarkozy sait qu'il va gagner le second. Le secret : cette offensive idéologique délibérée sur sa gauche, sur sa droite et au centre.

Pour piloter sa campagne 2012, le noyau dur de ses conseillers de 2007 a repris du service et incarne cette offensive idéologique tout azimut. Ils sont trois à l'incarner très clairement. Il y a d'abord Henri Guaino, le gaulliste sociale et républicain lyrique, disciple de Philippe Séguin, noniste et partisan de l'intervention de l'Etat. Plume du président sortant, c'est lui qui incarne l'offensive sur les valeurs de gauche.  A l'opposé, on trouve Patrick Buisson, le très droitier conseiller en opinion auprès du président et ancien directeur du journal d’extrême droite Minute. On lui prête à tort ou à raison beaucoup des initiatives polémiques du président. Quoiqu'il en soit, il sait parler à la droite de la droite. Et entre les deux, se situe Emmanuelle Mignon, la plus brillante des conseillers du président. Haut fonctionnaire au conseil d'état, ancienne major de l'ENA et ancienne chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, elle incarne l'aile libérale des conseillers du président. Elle a un rôle clé dans la campagne puisqu'elle a la main sur le projet présidentiel du candidat Sarkozy.

En observant la campagne électorale ces dernières semaines, on peut constater que, par petite touche, le candidat de la droite met en place, de la même façon qu'en 2007, une offensive idéologique tout azimut. Il y a d'abord la taxe Tobin sur les transactions financières. Vieille revendication de la gauche, Sarkozy souhaite la mettre en place coûte que coûte avant l'élection. De la même façon, le président est, ces dernières semaines très actif sur le terrain de l'emploi et du social. Avec en point d'orgue les médiatiques dossiers Lejaby et Photowatt où le rôle du chef de l'état est mis en avant de façon assez habile. ça c'est pour l'offensive à gauche. Sur un tout autre registre, la semaine dernière, le président a proposé d'organiser référendums, assez irréalistes, sur le droit des chômeurs et le droits des étrangers.  C'est un tollé chez les journalistes et les commentateurs, un tollé aussi chez les candidats de gauche et du centre (comme pour l'identité nationale en 2007). Au point qu'on peut se demander si ce n'est pas une opération de suicide politique. Pourtant, les sondages diffusés le week end dernier sur les chaines d'information en continue apportent un éclairage très différent. En effet, les deux mesures (Durcissement des droits des chômeurs et de ceux des étrangers) sont assez majoritairement plébiscités (Plus de 60%). Plus intéressant encore, et très révélateur, les mesures font le carton plein à droite, ce qui soude l'électorat derrière son candidat, mais trouvent aussi écho à gauche avec plus de 40% d’adhésion, ce qui au contraire trouble et divise l'électorat de François Hollande. Ce qui avait tout, en apparence, de l'opération catastrophe semble en réalité une stratégie beaucoup mieux pensée qu'elle n'en avait l'air, quoi qu'on en pense sur le fond. Dernière offensive, la TVA sociale. A priori impopulaire car signifiant essentiellement une hausse de TVA et une baisse du pouvoir d'achat, cette mesure peut trouver écho favorable chez les nombreux artisans, commerçants et petit patrons, c'est à dire tous les entrepreneurs libéraux que cherche aussi à séduire le candidat Sarkozy.

Il sera intéressant d'observer les initiatives ou controverses qui seront lancées par le président sortant et désormais candidat dans les semaines qui viennent à lueur de ces considérations. Mais il a certainement oublié deux points essentiels. D'abord qu'on ne gagne pas deux fois sur la même stratégie électorale. Ensuite qu'il est sortant, et donc aussi jugé sur un bilan...

vendredi 10 février 2012

La cour des comptes au rapport

Une fois par an le rapport tombe. Lequel ? Celui de la cour des comptes bien sûr. C'est surtout l'occasion de faire un inventaire à la Prévert des étrangetés du système fiscal français avec ses niches farfelues, ou encore de parcourir le vaste patrimoine de l'Etat et des institutions publiques. On se croirait parfois presque devant notre écran télé à regarder l’inénarrable émission Combien ça coûte de Jean-Pierre Pernaut, passer maître dans l'art de montrer un hit parade (hélas bien réel) de l'argent public gaspillé.

Pourtant, au delà des curiosités du rapport, celui-ci devrait être pris avec beaucoup plus d'attention par les acteurs politiques, qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition. En effet, ce rapport, établi avec le plus grand sérieux et en toute transparence politique, devrait fournir de bons arguments à ceux qui sont en charges désormais de combler les déficits abyssaux et de réformer la structure étatique. Pourtant, les sujets qui émergent sont souvent explosifs, et le rapport et ses préconisations restent trop souvent lettres mortes. Tout juste bon, vu épaisseur de l'ouvrage, à colmater le pied d'une vieille armoire bancale. Dommage.

Que nous dit la cuvée 2012 ? Tout d'abord, il met particulièrement en vedette le régime d'indemnisation des intermittents du spectacle et ses dérapages financiers. Pour l'année 2010, le rapport indique que ce régime perd près d'un milliard d'euro. Pas tant que cela me direz vous ? Oui, sauf que seulement 100 000 personnes en bénéficient. Ce problème est, bien entendu, connu depuis longtemps. Une timide réforme du régime en 2004, durcissant un peu les conditions d'indemnisation, avait provoqué un tempête dans le milieu artistique. Le sujet est depuis explosif, et personne n'y touchera. La France est un pays de culture et André Malraux lui-même a voulu ce régime pour les artistiques. Y toucher, c'est presque attaquer le pacte social de la résistance de 1945. La CGT-spectacle y veille chaque année avec son habituelle intervention aux cérémonies de remise des Molières et des Césars. D'ailleurs, dans ce jeu de dupe, ce sont finalement surtout les grosses entreprises de médias et d'audiovisuels (TF1, France Télévision...) qui profitent du système, en employant à plein temps des intermittents, payer la moitié du temps par les ASSEDICs. Quand TF1 et la CGT partagent le même combat. Qui l'aurait cru ?

Plus intéressant, le rapport porte un jugement sur la politique du gouvernement en matière de réduction des déficits publics. Le résultat est mitigé : satisfecit quant aux efforts initiés depuis 2011, mais mise en garde quant à la méthode et au rythme. 

Satisfecit tout d'abord. Le rapport souligne les efforts initiés par le gouvernement sur les budgets 2011 et surtout 2012. Cela faisait 20 ans qu'un tel effort n'avait pas été engagé aux plus hauts sommet de l'Etat. De plus, le rapport approuve les récentes décisions de réduction des niches fiscales. Fruit d'une accumulation d'avantages fiscaux depuis des décennies, ces niches coûtent de plus en plus cher à l'Etat et sont parfois plus un instrument de clientélisme électorale qu'une véritable arme de compétitivité et de croissance.

Le rapport contient aussi une mise en garde pour le gouvernement. Selon la cour des comptes, la méthode de réduction des déficits a, jusqu'ici, surtout été basée sur des hausses de prélèvements obligatoires, directes ou indirectes, et assez peu sur de réelles diminutions de dépenses (Mis à part le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux ou certains déremboursements). Or cette méthode ne permettra pas à France de tenir ses engagements, et particulièrement celui d'un retour au déficit de 3% en 2013 (contre 5,3% à 5,4% actuellement). D'après la cour des comptes, avec la méthode du gouvernement, il faudrait 10 ans pour un retour à l'équilibre quant l'objectif à tenir est de 5 ans. Le compte n'y est donc pas. De plus, le rapport conteste les hypothèses de croissance retenues par le gouvernement pour son plan. Elles sont jugées trop optimistes, voire irréalistes. Enfin, le rapport juge le gouvernement encore beaucoup trop timide sur la réduction des niches fiscales. C'est donc tout naturellement que le rapport invite à tailler largement dedans, à hauteur de 15 milliards, et plus généralement de réduire les dépenses publiques de fonctionnement. Au passage, les collectivités locales, plutôt gérées par la gauche, sont également épinglées quant aux dépenses et embauches de fonctionnaires territoriaux. Cependant, elles ne pèsent guère que 8% du déficit de l'Etat (La France est jacobine). Elles ne sont donc pas les plus à blâmer.

En parcourant les grandes lignes du rapport, se dégagent donc quelques idées fortes. D'abord principalement que le déficit de l'Etat est profondément structurel, et qu'il est impératif de tailler en profondeur dans les dépenses publiques. Ensuite que le niveau d'imposition est déjà très élevé en France et qu'il n'est plus guère possible de jouer beaucoup dessus, hormis quelques redéploiements. On note au passage que, pour la cour des comptes, les hausses de prélèvement obligatoires ne sont pas la solution à la réduction des déficits, mais que prime avant tout la réduction des dépenses.

Dans ce contexte, en examinant le programme économique de François Hollande, on ne peut qu'être septique sur les fondements de celui-ci. En effet, le programme est plutôt basée sur l'idée d'un déficit conjoncturelles (Crise et surtout niches de Sarkozy) et non structurelle. Il ne prévoit donc pas de réduction de dépenses, mais au contraire des augmentations (Embauche de fonctionnaires, hausse d'allocation...). L'arme de François Hollande pour réduire le déficit, c'est plutôt l'impôt, ce que ne préconise justement pas le rapport, car peu efficace. Le candidat socialiste sera peut être un plus en phase avec la préconisation sur les niches fiscales (ça dépend lesquelles), mais avec 7 milliards de réductions proposées, le compte n'y est pas. Dans le rapport de 2012, le premier président de la cour des comptes, l'ancien député socialiste Didier Migaud, n'a pas fait de cadeaux à son ex-collègue de l'assemblée nationale. Les vertus salutaires d'une institution indépendante ?

A la lueur de ce rapport nous pourrions donc commenter : élève Sarkozy en progrès mais peut beaucoup mieux faire. Élève Hollande, copie à revoir. A bon entendeur.


mardi 31 janvier 2012

Sarkozy a-t-il déjà perdu ?

Y aurait-il comme un doute dans la tête du président sortant ? Bien qu'il s'en défende, il faut bien se rendre à l'évidence que les choses se présentent mal pour lui.

Il y a d'abord cette crise économique et financière qui n'en finit plus depuis maintenant l'été 2008 et la faillite retentissante de Lehman Brothers. On en avait même aperçu les premiers soubresauts en août 2007. Les subprimes donnaient alors des signes de faiblesse sur le marché américain. Nicolas Sarkozy, tout juste installé à l'Elysée, ne se doutait pas qu'il ne sortirait plus la tête de l'eau. Car la crise s'est impitoyablement abattue sur la France comme sur le reste de l'Europe. Grossissant des dettes que les Etats avaient le plus souvent renoncé à contrôler et juguler, la crise financière a durement frappé l'économie réelle. 

La France n'y échappe évidemment pas. Un chômage qui ne cesse d'augmenter et se porte maintenant à près de 10%, une dette qui creuse de 500 milliards d'euros pour atteindre 1700 milliards d'euros. L'horizon est sombre. Les opposants du président le tiennent évidemment pour responsable de cette situation. C'est de bonne guerre. Il y a parfois du vrai d'ailleurs. Certaines niches fiscales coûtent chers et n'ont que peu d'effets (TVA réduite pour la restauration, niche Copé...), d'autres ne coûtent pas si cher mais sont symboliquement dures à défendre en période de vaches maigres (Bouclier fiscal...). Maintenant, si nous examinons la situation d'autres pays, on s'aperçoit sans surprise que leur taux de chômage a fortement augmenté, souvent plus qu'en France (Espagne, Italie, Grande Bretagne...) , et que leur dette s'est aussi fortement accrue (Espagne, Etats Unis). Sa responsabilité n'est donc pas exclusive et est donc à nuancer. 

Néanmoins, si l'on se réfère aux élections récentes, les peuples n'ont guère chercher de circonstances atténuantes à leurs dirigeants politiques, fusibles de premier choix en cas de pareil marasme économique. Socrates au Portugal, le parti socialiste de Zapatero en Espagne, Berlusconi en Italie ou Papendreaou en Grèce. Tous se sont vu signifier l'arrêt (momentanée) de leurs activités à la tête du gouvernement, quelque soit la justesse de leurs politiques pendant la crise. Il est d'ailleurs intéressant de constater que leurs remplaçants poursuivent les politiques de rigueur qu'ils avaient initiées. It is the economy, stupid. Le président Sarkozy a donc beaucoup de soucis à se faire. 

Face à lui, le candidat socialiste François Hollande est au zénith dans les sondages et favori de toute la presse. Il n'a pas donné beaucoup de signes de faiblesse jusqu'à présent. Et il le sait, la crise économique joue pour lui, et il peut compter sur le renfort des anti-sarkozystes qui continuent 5 ans après de se rappeler du Fouquet's ou yacht de Bolloré. Ces erreurs initiales d'affichage du président, qui n'était d'ailleurs pas encore investi président, il les portera donc jusqu'au bout. Si la situation économique était meilleure, les gens auraient pu oublier. Mais là non, en ses temps de disette, c'est resté, même si c'est loin maintenant.

Malgré tout, François Hollande a bâti un programme. Le programme se veut rigoureux, mais ce n'est pas pour autant la rigueur, et encore moins l'austérité tant redoutée. A contre-temps par rapport aux mesures prises par nos voisins européens, le programme socialiste propose de nouvelles dépenses. Il est néanmoins jugé plutôt responsable par l'opinion. Sans doute à tort. De plus, le candidat socialiste s'est très bien préparé et semble avoir tiré les leçons de la campagne désorganisée de Ségolène Royal en 2007. Il sait faire campagne et est un débatteur hors pair. Il l'a encore démontré la semaine dernière contre Alain Juppé qui n'a pas véritablement trouvé l'angle d'attaque pour le déstabiliser. Bref ça plane pour Hollande. Mais peut être un peu trop.

En effet, voulant montrer un visage d'assurance, il est parfois passé pour trop sûr de lui, trop sûr de sa victoire. Comme s'il s'y voyait déjà, ignorant presque qu'il y a un président encore en exercice. Il est surprenant qu'un politique expérimenté comme Hollande soit tomber dans cet excès de confiance. Il doit pourtant savoir qu'une campagne électorale n'est jamais jouée à l'avance et que les électeurs détestent qu'on choisisse à leur place. Il l'a même expérimenté en conduisant comme premier secrétaire du PS la désastreuse campagne électorale de Lionel Jospin en 2002. Ce dernier était pourtant sûr de gagner.

On peut aussi se replonger dans les archives de 1995. Fin Janvier, le candidat Balladur pointait à 35% dans les sondages contre 13% pour Jacques Chirac. Arlette Chabot demandait même à ce dernier s'il comptait aller jusqu'au bout de sa candidature. Philippe Seguin, en campagne pour Chirac, provocateur, lance alors : "il parait qu'il y a une élection présidentielle, mais le vainqueur a déjà été désigné par les commentateurs, elle n'a plus lieu d'être". Les électeurs se révoltent contre ce scénario trop bien écrit à l'avance et on sait ce qu'il adviendra. De quoi rassurer un peu le candidat Sarkozy qui toutefois, contrairement à Chirac en 1995, est le sortant, avec une crise sur le dos et une opinion durablement hostile. Oui, il est mal barré...

mercredi 25 janvier 2012

2012 : Haro sur le système !

Dans cette drôle de campagne électorale, qui a commencé sans avoir commencé, une posture semble néanmoins se dégager chez tous les candidats : Ils combattent le "système". Et il y a beaucoup de combattants. Il y a les combattants de gauche, de droite, du centre, d'extrême gauche, d'extrême droite et même d'extrême centre.

Mais au fait, c'est quoi le système ? Eh bien ça dépend. Vous allez voir.

A la pointe du combat il y a bien entendu les deux corsaires Jean Luc Mélenchon du Front de Gauche et Marine Le Pen du Front National. Pour eux, tout est à combattre, tout est à jeter, tout est à vomir. S'ils ne sont pas d'accord sur les solutions (quoique ?) ils le sont sur les ennemis à combattre : l'UMPS (UMP + PS), les médias ("salaud de journalistes", "tous vendus"), les banques, les financiers, les spéculateurs, les patrons voyous, les élites politiques corrompus, la commission de Bruxelles, L'Europe libérale, le libre-échange, la banque centrale européenne et son euro fort... Bref le système c'est à peu près tout, et tout ça est à jeter d'un bloc. ça a le mérite d'être simple (même très simple) pour l'électeur de base peu regardant et parfois lassé des errements des hommes politiques disons "institutionnels".

Phénomène nouveau, nous assistons à l'apparition des anti-systèmes du centre. Et même, disons-le de l'extrême centre, puisque c'est ainsi qu'aime à se définir François Bayrou. Lui, il a été dans le système, il y a très longtemps, mais maintenant plus du tout. Dix ans qu'il est en rébellion contre la droite chiraquienne puis sarkozyste, coupable de lui barrer la route vers son rêve Elyséen. Alors il tente de rejouer sa partition de 2007. Le système à abattre pour lui, c'est cette droite UMP, qu'il n'a pas voulu rejoindre et qui occupe le pouvoir à sa place. C'est aussi cette élite "médiatico-parisienne", coupable de connivence avec le pouvoir (et l'opposition), et surtout coupable de rire à l'idée que lui, le béarnais puisse un jour accéder à la plus haute fonction de l'état. Toujours au centre, mais moins extrême, il y a les anti-systèmes de fraîche date, tel Hervé Morin, qui a basculé lui aussi suite suite à son éviction du poste de ministre de la défense à l'automne 2010. Mais bon là, ça ne prend pas. Etre hors système, ça prend du temps. Il faut une traversé du désert, dire tout le mal qu'on pense d'un tas de gens avec qui on gouvernait autrefois. Pas si simple. Conséquence, c'est le régime sec : 0%.

A gauche, François Hollande tente une délicate synthèse en se présentant en anti-système, mais raisonnable, celui qui sait que bon quand même il en fait un peu parti de ce système et aussi que bon il a des chances d'être élu et d'avoir à en hériter. Lors de son discours au Bourget, il a donc désigné son seul ennemi, celui qui incarne le système qu'il va combattre : ce sera la finance. Ni plus ni moins.

A droite, il y a là aussi des anti-systèmes. Et certains se donnent du mal. Nicolas Dupont Aignan, président de débout la république a fait des efforts méritoires qui mérite d'être souligner. Il a quitté l'UMP en 2007, coupé les ponts avec Nicolas Sarkozy, et critiqué pratiquement tout ce qu'il a fait. Le système à combattre, c'est donc cette droite et cette gauche fédéraliste, coupable d'avoir introduit l'euro et d'obéir à la commission européenne. Effort mal récompensé cependant, il pointe à 0,5% dans les sondages. Autre anti-système qui tente de prendre son envol, et avec vigueur : Christine Boutin. En admiration devant le président lorsqu'elle était ministre, elle se dresse désormais contre le pouvoir, coupable de plein de choses, mais surtout de l'avoir sorti sans ménagement du gouvernement lors du remaniement de 2009. Du coup elle tape sur ce pouvoir sarkozyen qui ne l'écoute plus. Et menace même de soutenir François Bayrou. Une extrémiste je vous dis. Reste le cas Dominique de Villepin. Ancien premier ministre, vous allez me dire que c'est un peu dur d'être anti-système. Eh bien pourtant si. Son système à lui, c'est Nicolas Sarkozy, ennemi juré qu'il a affronté jusque dans les prétoires pour l'affaire Clearstream. Il se pose désormais en persécuté du régime. Les médias l'invitent d'ailleurs partout pour s'en plaindre. Laxiste le régime.

Reste un cas. Celui de Nicolas Sarkozy, dont nul ne doute qu'il sera candidat à sa succession d'ici quelques semaines. Et là, il faut bien admettre qu'étant président sortant, il faudrait être sacrément gonflé pour se présenter en candidat anti-système, . Et pourtant, c'est aussi en partie la partition qu'il pourrait jouer. Et il n'a pas le choix. Les français sont dans l'ensemble plutôt mécontents du bilan du sortant. S'il apparaît trop comme le sortant, il est mort électoralement. Mais il a d'autres angles d'attaques qu'il pourra toujours jouer : le système à combattre pourrait alors être dans sa bouche le conservatisme de la fonction publique et le conservatisme syndicale, incapable de se réformer, les médias qui ne sont guère bienveillants avec lui depuis 5 ans, ou encore la finance, à qui il veut appliquer une taxe Tobin sur leurs transactions. Punition pour lui avoir gâché son mandat avec une crise (celle de 2008, pas celle de 2011). Vous allez voir, quand il s'agit de combattre le système, les hommes politiques savent être créatifs. Ce n'est pas forcément le cas lorsqu'il s'agit de bâtir un programme, mais nous nous égarons...

Finalement, tous ces anti-systèmes nous ramènent aux élections américaines. Il est en effet conseillé, et même recommandé aux candidats, républicains comme démocrates, de fustiger Washington et son pouvoir central, réputé éloigné des réalités quotidiennes et de la vie de l'américain moyen. Sauf que généralement, ces candidats ne sont autres que des sénateurs ou membres de la chambres des représentants, et donc eux mêmes parmi cette élite de Washington. Cela peut même devenir cocasse. En 2004, le président sortant Georges W. Bush fustigeait pendant sa campagne ce fameux "Washington" déconnecté des réalités... Et le candidat-président Obama fera certainement de même cette année. Succès toujours garanti dans le urnes que de s'afficher en opposant du système. Surtout lorsqu'on en fait parti.

Une question subsiste encore: face à tous ses combattants ou pseudo combattants, qui défend le système ? Apparemment personne. Pourtant, nous savons d'expérience, qu'une fois l'élection passée, le vainqueur s'accommodera fort bien du système. L'ennemi juré de la 5ème république et des "puissances de l'argent", François Mitterrand, s'en ai parfaitement accommodé, conservant l'un, et libéralisant l'autre...

vendredi 16 décembre 2011

Le retour du Made in France

La semaine dernière, François Bayrou a déclaré sa candidature à l'élection présidentielle. En fait, il s'était déjà déclaré plusieurs fois ces dernières semaines, mais il faut croire que ça ne s'était pas suffisamment vu. Passons. Cette fois-ci c'était la bonne pour le candidat centriste, qui l'annonce en grande pompe, mais pas trop, à la maison de la chimie. Un des axes de sa campagne électorale est lancé : ce sera le Made in France. Son slogan sera "Acheter français", ce qui n'a rien de nouveau. C'est même un grand classique des campagnes électorales. Le parti communiste l'utilisait déjà en 1946.

Toujours la semaine dernière, un autre François, Hollande celui-là, s'est également invité dans le monde de l'industrie. Au côté d'Arnaud Montebourg, le chantre de la dé-mondialisation, le candidat socialiste était au Creusot à la rencontre des ouvriers d'Alstom. Bien que les ouvriers ne soient pas répertoriés par Terra Nova (le Think Tank socialiste) comme le coeur de cible à conquérir par le parti socialiste, François Hollande déclare lui aussi sa flamme et son soutien à l'industrie française et en appelle au "patriotisme industriel". Il faut donc produire français martèlent ses lieutenants Michel Sapin et Pierre Moscovici. Et non pas seulement "Acheter français" comme le souhaite Bayrou. Dommage que le candidat Hollande se soit mis à dos l'industrie nucléaire suite à l'accord Verts-PS.

Depuis 2006, et ses désormais fameux déplacements à Charleville Mézière et à Gandrange, le président Sarkozy se pose en défenseur de l'industrie en France. Les usines c'est son truc répète-t-il souvent, bien plus que les financiers qu'ils fustigent régulièrement dans ces discours. Et pour cela, il faut une industrie française forte en France. Il continuera à la soutenir. Mais derrière le discours, l'industrie a continué à décliner ces dernières années. Charleville-Mézière n'a plus guère d'illusions et Gandrange a fermé. Les rares relocalisations comme Rossignol en Savoie n'inversent pas la tendance.

Depuis près de trois décennies, il a été fait le choix de miser la croissance économique de la France sur les services plutôt que l'industrie. La part de l'industrie est passée en 30 ans de près de 30% du PIB à seulement 15%. Les services devaient être l'avenir de notre économie.  L'agriculture, c'était finie. L'industrie, c'était finie. Au nom de la division internationale du travail cher à l'économiste classique anglais David Ricardo, chaque pays devait se spécialiser. A l’Afrique et l’Amérique du sud la mission de nourrir la planète. A l'Asie celui de devenir l'usine du monde. L'occident se concentrant sur les services.

Sauf que certains pays comme l'Angleterre se sont jeter à corps perdu dans les services financiers. La crise des subprimes de 2007-2008 a plongé le pays dans une grave crise, n'ayant plus une assise industrielle solide pour l'amortir. Et on a simplement oublié que pour un emploi existant dans l'industrie, c'est parfois plusieurs emplois de services que l'on crée autour localement, que ce soit dans l'informatique, dans l'ingénierie ou encore dans la logistique. Faute de projets industriels, certaines régions restent condamnées à l'abandon et au chômage massif.

Cette campagne de Made in France qui se développe n'est pas inutile, malgré les tendances rampantes de protectionnistes que peuvent porter des Arnaud Montebourg ou Marine Le Pen. Cependant, si cela se bouscule pour défendre l'industrie dans le verbe, dans les faits, les ambitions sont nettement revues à la baisse, et les solutions sont souvent obsolètes et inefficaces, entre les tentations protectionnistes et l'investissement public, souvent en pur perte pour un Etat de toute façon très mal au point du point de vue de ses finances publiques.

Pourtant, les consommateurs sont d'après les sondages prêt à acheter français, même un peu plus cher. Mais il semble qu'on oublie quelque chose : les caractéristiques des produits conçus et fabriqués. Nos entreprises, outre un problème de compétitivité lié au coût du travail ne sortent pas systématiquement les produits qui répondent le mieux aux attentes du client. Par exemple, Apple et Amazon vendent plus d'Ipad et de Kindle en France que ses concurrents français (Archos, Danew...) sur le marché de la tablette tactile. Est ce la faute au consommateur ? 

Les politiques publiques et d'incitations fiscales (comme le crédit impôt recherche), utiles en dernier ressort, trouvent rapidement leurs limites. Pour renouer avec la croissance et l'emploi industriel, c'est plutôt en soutenant les entrepreneurs et en redonnant le goût de l'innovation et de l'entreprise. Les PME françaises ne se développent pas suffisamment par rapport à ses concurrentes Allemandes ou Italiennes. Pourtant, des pistes existent, souvent peu coûteuses. Des politiques de simplifications administratives (guichet unique), de déréglementations et de flexibilité sur le marché de l'emploi pourraient soutenir ces entreprises. Car c'est là où se trouvent les potentielles créations emplois.